Mercredi, nous quittons notre hôtel très tôt, mais même ainsi, nous accusons une bonne demi-heure de retard. Alors que la veille nous avons rempli plusieurs fois des formalités pour pénétrer dans l'étage du service de Lui, aujourd'hui, on ne nous demande rien. Ca y est, me dis-je, c'est bon, on est connu.

Avant de partir pour les écoles, l'Adminsitrative Manager veut nous voir. Faut qu'on fasse le point sur la voiture. On nous conseille un Scorpio. C'est trop gros, par pincipe, je ne veux pas de 4x4. Pis dans les embouteillages, bonjour le veau. Après pas mal de discussion, il est décidé que demain, nous essayons la ford fiesta, et vendredi, le Scorpio, à la place de la Corella actuelle et nous partons visiter les deux autres écoles prévues.

Je vous passe LA fameuse route, c'est la même qu'hier, elle n'a pas eu le temps de changer depuis hier. TISB. Enfin. Ou Indus, je ne me souviens plus. Mais à quelques détails près, ç'est pareil. Cadre "high school" façon Cambridge, bâtiments nickel-chrome, blancs en marbre, à colonades coloniales, pelouse taillée au mm près, allées tirées au cordeau, bosquets et buissons de fleurs à tous les coins. Centre médical, piscine, bibliothèque, terrains de sports sur place évidemment. La cantine, c'est buffet servi en extérieur dans une cour très classe, avec des maids en tenus, gants blancs et tout le toutim. Programmes "Cambridge" : on commence à écrire des mots dès 3 ans, on fait des dictées de mots à 4, et des opérations posées à 5. Dessins complètement guidés affichés fièrement partout, pas un qui détone par son originalité ou son niveau différent. Parents, soyez fiers. Vous payez le prix fort, mais vos enfants aussi, rassurez-vous !

Un enfant pleure plus loin. Un adulte lui parle fermement un peu plus fort. Discussion de sourds à haut volume : I want my mummy ! No, you can't. You're at school, now, stop crying. I can't... Stop crying, now. I can't. etc.

Faut que je respire, j'attrape des boutons. Je souris (quelle hypocrite, je vous jure ! Mais Lui est pire : je sais très bien ce qu'il en pense, et il fait le ravi qui a presque déjà signé) quand on m'explique que cet enfant est arrivé il y a 15 jours, et qu'il va s'habituer (ce dont je ne doute pas une seconde, ils sont forts, les enfants).

Côté tarifs, rien que la plaquette de présentation est payante (100 $, tranquille. Elle est plaquée-or, ta plaquette ??? Ben, t'as plus qu'à te la monter en pendants d'oreilles). Le soutien en anglais est payant aussi (le ton est donné d'entrée de jeu). Les frais d'admission sont doublés par rapport à la première école. Vanita fait un bond et sort de sa réserve. "Pourquoi est-ce aussi cher". Lui sourit franchement. M'en fiche, moi, j'écoute déjà plus. On ne m'a pas demandé ni le prénom ni l'âge de ma fille. J'attends patiemment que Vanita en ait terminé. Je dois être bizarre.

La seconde école est du même acabit. Ca ferait redondance, je vous épargne pour ce coup-ci, mais ne vous habituez pas trop...

Bilan des courses. Selon Vanita, les prix sont démesurés (et je suis d'accord), mais nous devrions choisir la plus chère, c'est sans doute la mieux (parce qu'elle est plus chère, CQFD). J'explique que la première convient mieux à ce que nous cherchons. C'est dommage, c'est la moins chère...

Je ne sais plus ce qu'on a fait ensuite (à part reprendre ma copine la route), je me souviens seulement que nous n'avons pas mangé ce jour-là. Ca devait être super, mais vraiment, j'ai un trou.

Ah si, comment ai-je pu oublier, on se le demande !?! Lui devait retourner voir son futur chef à l'entreprise. Du coup, on rentre le déposer. Par la route. Et on revient, au même endroit, pour aller à la première école régler la procédure d'admission ! Par la même route. (qui n'a toujours pas changé).

Dans la voiture, je demande à Vanita ce que signifie le point de couleur sur le front de certaines femmes. Elle m'explique que cela indique, ainsi qu'une bague d'orteil, leur statut de femme mariée. La discussion sur le mariage est entamée. Vanita me demande si Lui et moi sommes mariés depuis longtemps, et j'annonce la couleur (en gros, depuis 6 mois, pour des raisons totalement administratives)... Notre fille ayant 5 ans, et voyant Vanita calculer, je réalise la boulette. Je m'empresse d'ajouter que nous sommes ensemble depuis 10 ans. Euh, oui, sans être marié, mais en France, c'est assez fréquent, maintenant. Oups... Sans réfléchir, je remarque que de toute façon, un nombre incalculable de mariages finissent par un divorce dans les quelques années qui suivent le mariage, et que donc, ça ne veut plus forcément dire grand'chose. Vanita me demande si les hommes divorcent pour épouser d'autres femmes. Je m'enfonce en expliquant que ce ne sont pas que les hommes qui demandent le divorce, les femmes aussi, et ce n'est pas non plus pour se remarier, c'est aussi parce qu'on ne s'entend plus. Stupeur en face... Les femmes peuvent divorcer ??? Comme ça ???... Euh, ben, ... oui, je crois. (la boulette, la boulette...) et cette route qui n'en finit pas !

La discussion dérive sur mes parents, sur le fait que je ne les verrai plus pendant longtemps. Encore bien sur ma lancée, je réponds que non, ce n'est pas un souci, on se voyait peu, ça changera, mais pas tant que ça. Surtout du côté paternel avec lequel je n'ai que peu de liens depuis des années. Plein d'années. (ouah, en France, une femme peut même divorcer de son père !!!) Là, le scotch serait vraiment nécessaire (pour refermer la mâchoire de Vanita, qui bée). Ou alors arriver enfin. voilà qui serait bien.

Nous arrivons enfin à la toute première école, procéder à la pré-inscription. J'espère que vous avez un moment, parce que ce fut épique. Nous remplissons (enfin, je remplis) des formulaires, on m'explique ensuite les démarches pour clore l'inscription, et enfin, nous devons nous acquittés des frais de pré-inscription qui sont de 5000 RS (environ 100 $). Ah, mais c'est que je n'ai pas prévu une telle somme, je n'ai pas ça sur moi là tout de suite. Pis c'est pas l'entreprise qui gère ça ? Vanita discute avec le gestionnaire, le ton monte, elle appelle son chef, ça dure un moment. Bon, au final, je dois payer, on me rembourse ensuite. OK, ben on repassera (noooon, pas La route... ouiiiinnnn), parce que là, faut trouver du cash.

Finalement, raconté comme ça, c'est plutôt court. Ca m'étonne, parce que je me souviens très bien combien ce moment m'avait semblé loooong. Un de ces "grands moments de solitudes" dont on parle parfois.

En voiture, direction l'entreprise pour mettre au clair cette histoire de frais d'admission et voir s'il faut passer retirer de quoi les payer nous-mêmes.

Il est dans les 15h, nous n'avons pas mangé. Rendez-vous donc dans le bureau de l'administrative manager. Qui prend de nos nouvelles, nous demande si nous nous sommes fixés pour la maison.

Nous confirmons que la maison de Palm Meadows (la seconde, la belle) a notre préférence. Là commence un jeu apparemment typique de la culture actuelle indienne. Alors qu'hier il n'y avait aucun problème, absolument aucun, aujourd'hui, il nous faut comprendre que l'entreprise ne peut pas s'engager à la louer dès maintenant, puisque nous n'arriverons que fin avril, et que donc, payer les 3 mois de loyers d'ici notre arrivée n'est pas envisageable. Oh, vraiment ? ah, ben... Mais bon, il ne faut pas nous inquiéter, puisque nous devons comprendre entre les lignes que notre Administrative manager connaît son affaire et fera des pieds et des mains pour nous donner satisfaction, mais qu'il serait visiblement apprécié que nous soyons admiratifs devant sa compétence. Ce que nous nous empressons de faire. Je n'ai pas souvenir qu'il se grattait la tête précisément à ce moment-là (je vous raconterai plus tard ce détail que j'ignorais alors).

En même temps que cette discussion sur la maison, notre personnage nous demande où nous en sommes des écoles. J'explique que nous avons choisi, mais achoppons sur le paiement des frais de pré-inscription par manque de liquidités disponibles là tout de suite, mais qu'un tour à l'hôtel et ce sera bon. Il nous confirme que c'est à nous de payer tous les frais, et que l'entreprise nous remboursera ensuite. Au fait (il y a un rapport, même si moi, je ne le vois pas), où en sont nos demandes de visas pour avril ? Tiens, si on s'amusait à contacter son homologue français pour faire le point. Parce que bon, pour la maison, c'est bon, faut juste qu'il appelle le propriétaire. C'est comme pour l'école, il va s'occuper de tout, nous, on n'a rien à avancer, bien entendu.

...

Là, j'ai mon énième moment de solitude de la journée. Ou je n'ai pas tout compris, et mon anglais est vraiment à jeter aux orties, ou ??? il vient de dire le contraire d'il y a 5 minutes ? Un regard vers ma moitié me confirme que je ne suis pas la seule à tiquer. Lui demande posément, clairement, ce qu'il en est, expliquant qu'avancer n'est pas un souci, qu'il faut juste le savoir pour le prévoir.  Ben, on n'a rien à payer, c'est évident, non ?

En même temps, notre phénomène s'énerve, parce que son homologue français ne répond pas. Bon, à Paris, il est dans les midi, le collègue est sans doute en train de manger. Pas grave, du coup, il appelle le proprio pour la maison. Je suis KO, lessivée, je ne suis plus. Je jette l'éponge et laisse mon cerveau dériver.

Finalement, il ressort que demain, une personne retournera payer les 500 RS à l'école. Vanita sans doute. Que pour la maison, on va voir, mais ça devrait être possible. Et que pour les visas, il s'ocupe de tout. C'était un 23 janvier.

Aujourd'hui 10 mars, nous avons a priori la maison (on ne peut jamais être sûrs), mais les visas sont a priori en retard et les frais d'inscription ne sont toujours pas réglés. A l'indienne. Cela se fera, dans les temps, j'en suis persuadée (peut-être à tort).