Une nouvelle journée commence, assez tôt, puisque Lui est en réunion de travail toute la matinée, qu'il faudrait arriver à l'heure, donc décoller tôt.

A l'entreprise, je prends un café avec l'administrative manager en attendant Vanita, partie régler les frais d'inscription de l'école. Dans le même temps, il gère trois ou quatre autres problèmes, avec autorité et précision. L'Indien au travail est multi-tâches. Puis, je sors attendre dans le hall.

Vanita arrive. En discutant, elle m'explique qu'elle n'a pas pu régler les frais, mais a récupéré des documents complémentaires à remplir (d'autres encore ?). Elle m'informe également que nous allons aller visiter l'Alliance française. Je souhaite d'abord aller rencontrer les femmes de l'Oversea Women's Club qui tiennent la parlotte au Leela Palace tous les jeudis à partir de 11h30. Ce club assez fermé à ce qu'on m'a déjà dit a publié un livre très pratique (In and Out of Bangalore) que nous a prêté le chef de Lui, mais je voudrais bien avoir le nôtre propre. On s'organise assez rapidement, entre filles ça va quand même plus vite : vu l'heure, le Leela Palace d'abord, puis l'Alliance Française ensuite.

leela_palaceLe Leela Palace. Wouah... C'est... un palace. Mais l'Oversea Women's club, c'est... frais, froid, tendance l'âge de glace mais sans les gags. En gros, tu te débrouilles, elles sont toutes trop occupées pour t'accueillir. Prennent à peine le temps de répondre à ta demande. Te tendent le bouquin, et empochent les 500 RS. Ca fait envie, c'est fou.

Mon In & Out en poche, nous nous dirigeons vers l'Alliance Française. Enfin, c'est ce que je croyais...Sur la route, Dinuh (le chauffeur) insite (très gentiment mais avec insistance) pour me déposer à une salle d'exposition. Vanita se joint à moi. Il s'agit en fait d'un batiment qui expose plusieurs artisanats : tapis de soie et de laine, travail du bois, vêtements brocardés, joaillerie... Nous nous perdons volontiers dans ces merveilles, Vanita a les yeux brillants dans la salle des bijoux. Pendant qu'elle entreprend de se renseigner, j'ai droit à un cours sur la beauté des tapis. Avec présentation et tout et tout. C'est intéressant, c'est superbe, mais... c'est sans fin... J'apprends que selon la lumière et l'exposition, les couleurs changent (et c'est impressionnant), que ces tapis sont noués à la main (merci les tits nenfants) avec une haute densité de noeuds, que les frais d'expédition vers la France sont dédouanés (ou déductibles, je ne sais plus trop) car l'objet est considéré comme oeuvre d'art, et plein d'autres choses fascinantes sur le moment mais que j'ai zappées de ma courte mémoire depuis.

C'est quand vraiment sans fin... Ca doit faire au moins 5 fois que j'explique que je n'achète pas (d'une part c'est quand même cher... et pas top malin de le ramener en France pour le ramener en Inde 3 mois après, n'est-ce pas ?). Pas moyen de décoller... Vanita, où es-tu ? (sans doute encore à la bijouterie, ah, les femmes...). Tout à coup, j'ai un flash d'intelligence (notez la prouesse personnelle d'arriver encore à penser après 30 minutes de blabla haute intensité), et je demande avec un ton très intéressé et convaincu de revenir la BUSINESS CARD du type. La Magie opère, c'est un bonheur de sentir qu'on est libéré... A garder précieusement, le coup de la business card !!! Ouf, je poursuis ma visite, qui est l'occasion de vérifier que THE coup de la Business card fonctionne vraiment super bien. Je retrouve enfin Vanita, déscotchée des pierres précieuses, et nous remontons dans la voiture. J'en profite pour remercier Dinuh. et là, nous nous rendons à l'Alliance Française.

Quel changement de cadre après le luxe du Leela Palace et le hall d'exposition ! Ici, le batiment semble méditerranéen, avec des dalles de béton plus ou moins à plat, un peu fissurées. Ca sent bon la France. A l'accueil, on parle français, suffisamment pour m'indiquer qu'il n'y a plus de plaquettes de présentation ni de programme, mais que je peux voir tout ça dehors sur la grande affiche. Il y a une bibliothèque, avec une partie pédagogie

En chemin dans les coursives, nous osons frapper à la porte du directeur de ce bureau, qui nous reçoit aimablement tout en prenant son plateau repas (tiens, c'est vrai, c'est l'heure...). Cet ex-IEN (inspecteur de l'éducation Nationale) m'explique que la communauté française se monte à environ 250 personnes, réparties un peu partout dans et autour de Bangalore. Et que de fait, la mise en place d'une école française n'est pas encore d'actualité, pour deux raisons principales : l'éclatement de la communauté qui demanderait deux écoles, une au nord, une au sud ; et l'intérêt des Français pour les écoles Internationales de la cité. Quand ce monsieur apprend que je suis institutrice, il m'explique qu'il y a de quoi faire à l'alliance Française pour quelqu'un comme moi (bénévolement bien entendu), si jamais le coeur me disait. Pour le moment, le coeur me dit surtout de manger, puis dans un avenir plus lointain, de penser un peu à moi, et pourquoi pas plus tard... Ce que j'explique en taisant tout de même les 2 premiers mouvements de ce coeur égoïste.

Nous rentrons ensuite à l'entreprise et devons pointer avec l'Administrative manager l'état de nos recherches. Qui me demande à moi où est mon mari (qui, lui, n'a pas quitté l'étage a priori). Comme je n'en sais rien, il me recolle dans les pattes de Vanita qui m'emmène à la cantine d'entreprise. Il est 12h30, tendance 13h.

Ah... LA cantine... Sur les toits. C'est pittoresque. Mais bon, c'est couvert. C'est un principe de Flunch, en plus basique. Avec des plats à l'indienne bien entendu. On se fait servir une louche de ci, une louche de ça dans un plateau en métal avec des compartiments. Il n'y a pas de couverts, parce que, quand on est bien élevé, on mange avec ses doigts. Je le sens moyen, le repas à la main... Pendant que j'essaie de me faire à l'idée de manger épicé avec les doigts sur un toit d'immeuble à moitié délabré tout en buvant de l'eau visiblement mise dans des bouteilles pas top propres (rien que d'y repenser, je sens mes intestins se souvenir de ce qu'ils ont éprouvé à ce moment-là), Vanita, que j'ai perdue de vue, vient à ma rescousse avec une bouteille d'eau "normale" et... des couverts. Vanita, je t'apprécie beaucoup !

Même si je l'ai sans doute choquée, elle ne doit pas m'en vouloir, car il lui aurait facile de me laisser mariner dans le pétrin culturel et touristaïque dans lequel je me débattais intérieurement. Ca ne l'empêchera pas de m'offrir un verre de jus de mangue fraîchement pressé (à la main...) à la fin. Je ne me sens pas le coeur de refuser, elle a été si gentille. Mais plus tard, il me faudra prendre un p'tit comprimé...

En redescendant, dans l'ascenseur, je rencontre mon mari, qui va à la cantine. Super, je sais où c'est, je peux lui montrer (frime, frime !). J'en profite pour lui faire part de mes impressions. Retour dans le bureau de l'Administrative Manager, re-moment de solitude. On convient que demain, comme c'est le Republic Day, Vanita nous emmène découvrir Mysore, en compagnie d'une autre Française en mission, accompagnée des jeunes gars de son équipe. Nous convenons de venir chercher Vanita chez elle très tôt, avec un autre chauffeur (celui du grand patron de l'entreprise, rien que ça !).

L'après-midi est bien entamée, et puis de toute manière, je ne sais plus ce qu'on fait. Peut-être un Mall, pour vérifer le prix des ordinateurs, juste Lui et moi. comme des grands. Ah, oui, ça me revient, c'est bien ce qu'on fait, avec un tour dans une sorte de Nouvelles Galeries à l'Indienne, qui vend de tout, de la vaisselle aux jouets, en passant par des livres, CD, DVD...

Le soir, vers 20h, Dinuh nous refait le coup du hall d'exposition artisanale. Je souris. C'est ailleurs, mais c'est très exactement la même chose (comprenez : même discours, même succession des gestes et des explications...). J'écoute d'une oreille distraite (une fois a suffi à mon bonheur, je l'avoue) en observant les réactions de mon homme. Tiens lui aussi a du mal à déscotcher le monsieur... Je le laisse se dépatouiller un peu avant de sortir LE truc qui tue. Laisse-moi faire, je te montre : I'm very interested in these carpets (si si, même si je n'en avais pas l'air, je vous assure...). Please, would you mind giving me your Business Card, then I can contact you when we're going to live in Bangalore ? Je sens avec fierté le regard plein de reconnaissance et d'admiration de Lui se poser sur moi. Pas pour mon anglais, notez bien.

A l'étage, je deviens très rapidement très copine d'un vendeur qui veut absolument me vendre une superbe étole en soie, mais franchement, j'aurais le temps (3 ans quand même) plus tard, et là, y'a peut-être marqué Crésus sur mon front, mais les 60€ ne passeront pas (heureusement que je suis la super copine de ce vendeur, sinon, au départ, c'est 100€). Bizarrement, je suis un peu fatiguée, et le marchandage me plaît moyennement. Hop, un petit coup de BC (c'est super pratique), et on redescend. En sous-sol, nous admirons des tables basses. On nous explique qu'il s'agit de portes richement sculptées, reconverties en table de salon. quand on sait, on reconnaît. Mais il commence à se faire tard. Et faim aussi. En voiture tout le monde.

Tiens, à l'hôtel, on va arrêter de manger typique. Ce soir, c'est pâtes pour Lui, et frites pour moi.

M... on a oublié de préciser "no-spices" au serveur, et les frites sont saupoudrées de piment. Super... Là, c'est dommage, mais le coup de la BC ne sert vraiment à rien...

Demain, on se lève encore plus tôt.