13 novembre 2009
Tables-express !!!
Mam'zelle, 7 ans et demi au compteur, équivalent niveau de CE1, est en grade II.
La semaine précédente, la classe a vu la table de multiplication par deux, par 10 ET par 5. Si Mam'zelle n'a pas fini d'intégrer les soustractions à retenues, tant pis, faut avancer. En même temps, elle a vu un peu la table de 2 et de 5 en fin de Grade-I, et la table de 10 est "facile".
Lundi soir, Mam'zelle est rentrée avec la table de 3 (écrite nulle part) à apprendre. En fait, apprendre la table se résume à apprendre la suite des résultats : 0 3 6 9 12 etc... Comment les enfants retrouvent ensuite quel produit (3x...) donne quel résultat, je ne sais pas trop, car Mam'zelle ne semble pas utiliser ses doigts en récitant (si elle lèvait 1 doigt en disant 3, puis 2 en disant 6, puis 3 en disant 3, elle retrouverait le nombre par lequel multiplier 3 pour arriver au résultat). J'ai bien tenté de le lui montrer / expliquer, mais visiblement, c'était l'explication de trop le soir-là.
Les exercices d'entrainement (pour une notion vue le jour même) comportent des multiplications simples de la table (jusque là, tout va bien), et des multiplications à trou (approche de la division - mouais, est-ce bien utile déjà ?), et des petits problèmes :
il y a 3 fleurs dans un panier. Il y a 21 fleurs en tout, cela fait combien de paniers ?
Pour les non-enseignants, c'est déjà de la division, alors que le concept de multiplication est à peine stabilisé (x = +++), et que les tables ne sont pas encore connues, et que l'enfant a appris une suite de nombre (3, 6, 9, 12...) sans y associer l'opération !
L'enfant se retrouve à manipuler des notions qu'il maîtrise mal, et doit les "tordre" pour trouver la solution : difficile de voir alors "clairement" quelle est la signification réelle de la multiplication (augmenter une quantité en additionnant toujours le même nombre autant de fois que nécessaire) quand elle est aussi rapidement associée à la division (partager grâce à une "super-soustraction", on retire toujours la même quantité, et ça nous donne le nombre de "paquets" qu'on peut faire).
Il y avait enfin des exercices de vocabulaire mathématique : au lieu de devoir calculer 3 x 8, le produit se présente sous forme "écrite" : "3 times 8", ou "three eights", ou "3 multiplied by eight", ou "three by eight". a la fin, Mam'zelle, en vrac, se tournait vers la facilité, la sécurité affective d'un terrain bien connu : l'addition. Sans comprendre consciemment, elle finissait par me dire que 3 by 5, ça faisait 8, et a fondu en larme quand je lui ai dit que ça faisait 15. ("Je le savais plus ! Maman, je ne peux plus ! Je sais plus !")
Elle s'en sortait dans les exos précédents, preuve qu'elle avait "attrapé" un bout du concept. Elle a "lâché" quand le concept s'est embrouillé une fois de trop.
Bref, hier soir, j'ai languis d'un retour en France assez tôt pour ne pas faire de ma fille une "nulle en maths" uniquement psychologique.
Mardi soir, c'est au tour de la table de 4. On prend les mêmes, et on recommence...
On nous a annoncé que la classe ne travaillerait que sur les tables de 0 à 5. Ouf, 8 jours après le début (dont 6 jours d'école), c'est fait. Qui dit mieux ???
Que les enfants ne sachent pas vraiment de quoi il retourne et qu'ils mélangent allègrement le tout n'entache absolument pas le fait que le programme est suivi à la lettre.
L'enfant n'a pas besoin de tout comprendre, (je dirais "surtout pas", car on les noie d'infos dont ils ne peuvent de toute façon rien faire avant une certaine maturité - expliquez donc la droite et la gauche à un enfant de 3 ans, et vous allez vous heurter à quelques déceptions, alors que vers 5 ans, ça va déjà drôlement mieux !), mais je pense quand même qu'il y a des bases claires, concrètes, sûres, à mettre en place pour que l'enfant se sente à l'aise et sache clairement à quelle sauce on veut le cuisiner. La maturité et l'aisance venant, alors on peut affiner et augmenter la finesse des exercices, pour éveiller, solliciter, manipuler des concepts de plus en plus abstraits.
Mais là, ça va vite. Trop vite. Du coup, on rame, on y passe, comme en concentré, en une soirée, le temps qu'on y aurait passé en une semaine, sans bénéficier des progrès de la mémorisation à moyen terme.
Chaque fois qu'on dort, comme nous rangeons parfois notre bureau / ordinateur, notre cerveau "vide" ses fichiers = ce qui n'a pas servi depuis longtemps est mis dans la corbeille, ce qui a été utilisé récemment au contraire est mis sur le dessus de la pile. Au fur et à mesure des jours qui nous voient utiliser telle ou telle notion, la notion est de plus en plus accessible car gardée "sur le bureau", ou de plus en plus "au bas de la pile". C'est pour cela qu'on se souvient encore à 50 ans de ses tables de multiplication, alors que ça belle-lurette qu'on ne sait plus réciter telle poésie.
Le rythme scolaire de Mam'zelle ne lui permet pas d'avoir beaucoup de nuits de sommeil entre les notions, ni même de les consolider, car aussitôt vues, hop, on passe à la suite.
Il restera, des heures passées le soir à voir et revoir et ré-expliquer, sans doute pas mal de choses, parce que je compense en revenant sur ce qui a été vu les jours d'avant (et à mon corps défendant, je rajoute du travail !!!).
Pour le moment, je touche du bois, Mam'zelle est encore très heureuse d'aller à l'école, elle reste bonne élève, et d'après ses enseignantes, elle est plutôt dans la tête de classe. On arrive à maintenir 2 activités par semaine (arts le mardi, danse le jeudi), parce que Mam'zelle ne veut pas arrêter : ça va, on s'y tient malgré les devoirs, parce que je sais qu'on ne reste plus, et que dans quelques mois, elle reviendra à un rythme certes imparfait, mais ô combien plus raisonnable !
Pour le fun : les devoirs de mercredi soir : 14 pages de lecture documentaire (sur l'historique des bateaux + une nouvelle romancée), une série de 20 questions de lecture à partir d'un site internet (heureusement que Internet fonctionnait), et un exercice de grammaire sur la ponctuation, avec recopiage complet d'un texte de 10 lignes.
3h de travail, après une journée d'école déjà faite, pour une petite fille pas encore au Collège (voire qui commence tout juste sa Primaire), plusieurs fois par semaine.
Commentaires
Oh que je te comprend. J'en ai une en grade 4 et une en grade 2 aussi...ça va tellement vite surtout en math...ma fille de 7 1/2 ans fait aussi des multiplications...les 2 et les 3...ça va mais là elle devrait selon eux avoir assimiler la 4-5-6-7-10....cela la décourage beaucoup. Les concepts enseignés trops tôt et trop rapidement, très fréquent ici en Inde...pas parfait ce pays!!! Et le nombre d'heure de devoirs est assez impressionnant mais je peux t'avouer que ta fille en a plus que la mienne du même âge...je compatise avec toi!
Karine qui demeure sur Bannergatta Road!
rythmes scolaires
Bonjour Karine !
Lundi prochain : test sur les tables de 0 à 5, plus celle de 10. Je sens que le week-end va être long... D'autant qu'il n'y aura pas que ça !!!
Ce qui rajoute encore à la difficulté, c'est, pour notre part, que les devoirs sont donnés du soir pour le lendemain. Pas le choix, on y passe la soirée !
Pauvres gamins... Et encore, ma fille s'en sort bien, et comprend assez facilement quand elle est concentrée. Je n'ose imaginer ce qui arrive aux enfants plus fragiles scolairement.
Quel gâchis, tout de même : de telles conditions de travail (des locaux dignes d'un grand hôtel de luxe, deux enseignantes pour des classes de 20 enfants, des profs spécialisés en musique, arts plastiques, informatique, sport, une librairie de compétition...), pour en arriver à une course effrénée aux savoirs, au détriment du respect des rythmes de l'enfant.
On dira ce qu'on voudra, mais 10 jours d'école pour intégrer 5 tables de multiplication en 4 leçons, c'est déraisonnable.
De la poudre aux yeux. "Smoke and mirrors" comme disent les Anglais (il me semble)
Les familles indiennes, elles, se taisent, parce que c'est exactement ce qu'elles pensent bon : leurs enfants deviennent des petits singes savants, elles sont ravies. La pression est acceptée, valorisée, rajoutée si la famille estime qu'il n'y en a pas assez.
Et les autres parents semblent ne rien dire. Pas ouvertement. Entre nous, ça critique et ça râle, toutes dans la même galère : quand deux expats avec enfants scolarisés se rencontrent, qu'elles soient Russes, Coréennes, Anglaises, Néerlandaises, Françaises, Allemandes... l'école vient rapidement au coeur de la conversation et voit tout le monde d'accord : c'est n'importe quoi.
Mais rien n'est transmis aux enseignants : la réponse de l'école, on la connait toutes :
"nous suivons le programme défini par Cambridge, le meilleur au monde ; nos enseignants sont excellents, la preuve, l'école est en tête du top5 des meilleures écoles du monnnnnndddddee ennnnntiiiiiieeeeerrrr (- d'après un obscur magazine), si vous n'êtes pas contents, vous savez où est la porte."
Mais pour aller où ? c'est pareil partout, sauf peut-être à Stonehill, qui est vraiment trop loin de chez nous.
enfin, je rabâche - mais je vous assure, c'est à pleurer !!!
rythmes scolaires
Bonjour Virginie,
Je me demande comment votre fille fait pour travailler 3 heures tout les soirs. Mon fils que je considère comme gros "bosseur" ne peut excéder, à 8 ans, l'heure de travaille. Quand en France il a 1 heure de devoirs, je trouve cela énorme. Il n y a pas d'école plus cool près de chez toi ? J'ai cru comprendre que TISB était une école très élitiste.
Est-ce qu'Indus, inventure ou autres ne sont pas plus cool ?
J'ai cru comprendre qu'à la fin de l'année scolaire vous rentreriez en France, les devoirs lui sembleront alors plus facile. Etes-vous contente de ce retour ?
A très bientôt
Anne-Sophie
TISB, INDUS, même combat !
Bonjour Anne-Sophie,
Inventure, on a tenté, et pas pour notre bonheur. Indus et TISB, c'est en gros la même chose, la même "pédagogie" sauf que TISB a beaucoup moins de problèmes d'organisation.
Comme on dit, entre la peste et le choléra...
Mam'zelle est une bosseuse, on fractionne : 20 minutes de ci, une petite pause, 20 minutes de ça, jusqu'à la douche, et on s'y remet, puis on mange, puis on s'y remet, quitte à s'y remettre encore au matin... Et souvent, je ne lui fais pas tout faire (ça nous retombe dessus plus tard dans la semaine), et je triche : je fais une partie de son travail quand vraiment c'est "trop".
J'ai peut-être RDV avec la "coordinatrice" de Primaire la semaine prochaine, à force de mettre des mots dans le cahier de texte, ça a fini par remonter. On verra si ça donne quelque chose (je prendrai double dose de tranxen avant - mince, j'en ai pas !), mais je n'ai aucune illusion !
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