expat' à Bangalore

notre expatriation en Inde, l'aventure au quotidien, des anecdotes, des photos, des voyages, des conseils pour préparer votre arrivée ici, à Bangalore.

10 octobre 2008

Dassara : Durga Pooja

Nous venons de passer la période de Dassara (Dussera, avec ou sans h). Ce festival semble durer une dizaine de jours, et semble bien suivi surtout au sud du pays.
Via l'école de Titpuce, j'ai appris qu'il y est question de danses traditionnelles de marionnettes et de baguettes, mais j'avoue que je n'ai pas cherché plus loin (pas le temps). Je vous invite à faire un tour sur le blog de Laetitia (expataucurryindien), elle en parle certainement quelque part...

En tout cas, j'ai retenu que ce festival est particulièrement important à Mysore, car Durga, le dieu qui est célébré, aurait son fief dans les parages (ou le Maharadja local s'est réclamé de Durga, là encore, mon chauffeur n'a pas été très explicite). Dassara est donc l'occasion d'un méga-giga défilé d'éléphants, qui malheureusement semble se réduire d'année en année. Cela étant, cette parade reste très courue, et Mysore croule sous les décorations, les festivités, et le monde.

Ici, à Bangalore, ces mercredi et jeudi ont été l'occasion de poojater les outils de travail : du vélo à l'ordinateur, en passant bien entendu par les bus, les tournevis, les barres d'acier pour le béton armé, tout s'est retrouvé aspergé de lait de coco, enfumé d'encens et couvert de fleurs.

Voici comment cela s'est passé pour notre voiture : d'abord, on a fait les courses au marché de HAL (Hindustan Aeronautics Limited, une compagnie privée d'hélicos et avions, tellement imposante qu'elle occupe tout un quartier de B'Lore, et a un marché) :
- des guirlandes fleurs, un mala (un collier qui se finit avec un pendant)
- des batonnêts d'encens par dizaine
- une noix de coco
- des citrons
- des bananes
- des allumes-barbecue
- une sorte de grosse pastèque
- de la poudre rouge, de la poudre jaune
- des feuilles de bananier et de laurier
- des trucs à manger qui piquent, dont du riz soufflé pour un régiment

Ensuite, le chauffeur a lavé la voiture, sa moto et le vélo de Titpuce. Il a incisé une sorte de trappe dans la pastèque, y a glissé de la poudre rouge et quelques roupies sonnantes et trébuchantes, et a refermé le tout.
Il a fixé les fleurs et les feuilles de bananier et de laurier sur le capot avant de la voiture, de sa moto, et du vélo, puis en mélangeant les poudres avec un peu d'eau, il a obtenu deux pâtes dont il s'est servi pour marquer les outils : des points, des lignes, et le signe de Shiva. La porte d'entrée de la maison y est aussi passée.

Dassara_pooja__octobre_2008__4_  Dassara_pooja__octobre_2008__3_

Dassara_pooja__octobre_2008__5_
le signe de Shiva

Il a placé alors un citron sous chaque roue.

Dassara_pooja__octobre_2008__9_

Sur un plateau, devant la voiture, il organisé les offrandes. Il a planté deux jeux de batons d'encens de chaque coté, et a enfumé la noix de coco dans les volutes, des deux cotés. Il l'a ensuite ouverte, a aspergé la voiture, la moto, le vélo (et la porte) avec le lait, avant de placer un allume-feu dans une des moitiés de coco.

Dassara_pooja__octobre_2008__11_  Dassara_pooja__octobre_2008__14_

Cette coco a ensuite été présentée à la voiture (et à la moto etc) dans un grand mouvement circulaire des bras.

Enfin, le chauffeur a mis des allume-feu sur la pasteque, a recommencé les mêmes gestes avant de projeter la pastèque au sol (il avait retiré les allume-feu) : elle a explosé, libérant une chair rougie, et des pièces de monnaie qu'on s'est empressé de ramasser : celui qui en a récupéré le plus est touché par la chance pour l'année à venir. Cette partie du rituel plait beaucoup aux enfants. Les deux fragments de pastèque ont été placés de chauqe côté de la voiture.
Ensuite, nous avons reçu notre "troisième oeil" sur le front et partagé les offrandes alimentaires : les bananes, le riz soufflé.

Enfin, titpuce a pris son vélo pour faire un tour, le chauffeur a fait de même avec sa moto, puis avec la voiture.

On a aussi assisté à l'auto-pooja de Deep Sea : Dassara_pooja__octobre_2008__6_

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08 août 2008

Films Indiens

J'ai eu l'occasion, pour le moment, de visionner 3 films indiens, plutôt pas trop bollywood (quoique)

D'abord, Lagaan, qui raconte comment un village écrasé d'impôts (le lagaan) par la faute d'un jeune homme révolté par l'attitude d'un officier anglais, monte une équipe de criquet. Lors d'un match contre les Anglais, s'ils l'emportent, les habitants de l'état tout entier sera exonéré d'impôts pour 3 ans. S'ils perdent, alors le village devra payer triple impôt pour l'année.
Le jeune homme doit former, et entrainer une équipe, contre son village qui lui en veut, et sans connaître la moindre règle de ce jeu. Heureusement, la jeune et belle soeur de l'officier ennemi, en rébellion elle-aussi, entre dans la danse et forme le jeune homme qui forme l'équipe (de bras-cassés, hétéroclite, avec un traître et tout et tout).
Des trois, c'est le plus Bollywood (avec scènes de danses et tout), et c'est assez frais.

Ensuite, on arrête de rire : Devdas, ou les amours contrariées de Devdas et Paro, amoureux d'enfance, séparés par la caste. Rejetée, la famille de Paro marie celle-ci à un riche veuf, pendant que Devdas s'auto-détruit : une manigance de la belle-soeur qui vole la clé du trésor familial retourne sa propre famille contre lui. Il trouve refuge dans les appartements d'une courtisane. Elle l'aime, il la méprise, noie son malheur dans l'alcool, au point d'en devoir mourir. entre temps, la courtisane et Paro, toujours amoureuses, tentent ensemble de le sauver.
Ça finit mal, mais c'est un film "qui parle". Ce serait un bon Bollywood sans le thème peu banal et finalement assez violent émotionnellement. C'est donc un excellent film, mais pas vraiment Bolly-Bolly.

On ne rit pas non plus avec Chak-De ! (vu en Hindi sous-titré Anglais), qui raconte comment un ancien joueur de hockey, ex-star déchue, revient comme entraîneur d'une équipe féminine de hockey. Equipe composite, à laquelle les dirigeants n'accordent aucun sérieux (hop, les machos, c'est par ici). Le héros va donc se démener pour former un véritable esprit d'équipe, challenge ardu vu les personnalités affirmées de ces demoiselles. Elles finiront, à force d'épreuve (dont une belle bagarre digne d'un western), par réussir.
A côté du thème déjà traité bien des fois, on a retrouvé surtout cette Inde en plein mouvement, prise entre les mentalités opposées des "gens de villages", "gens des villes", "vieille garde" pas si vieille mais bien traditionaliste, et gens plus proches de nous éthiquement parlant, avec en fond un discours sur la femme intéressant dans cette société profondément machiste

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02 août 2008

Terrorisme à Bangalore

La semaine dernière, 6 bombes de faible puissance explosaient dans plusieurs endroits de la ville, à peu près en même temps, faisant entre 1 (version officielle) et 8 morts (version de la rue).
Une 7ème bombe a été repérée et désamorcée le samedi près de forum Mall (Koramangala). Depuis, l'ambiance est un peu plombée, et des rumeurs font état de bombes près des écoles (5 enfants auraient trouvé la mort, mais je ne trouve aucune trace dans les vrais journaux de cette info, c'est sans doute une simple rumeur), d'alertes à la bombe régulières depuis.
La sécurité est renforcée un peu partout, avec les vigiles un peu plus vigilants, et fouille quasi systématique des voitures (détecteurs de métaux, miroir de sol, chiens renifleurs...)
Ces attentats sont attribués à des groupes islamistes, dans le cadre des problématiques rapports Inde / Pakistan, et ont corrélé avec des échauffourées à la frontière (qui ont fait des victimes militaires justement la semaine dernière).
Le 15 aout, fête de l'Indépendance, sera placé sous haute surveillance : la rumeur court que les "friday blasts" étaient une répétition (avec bombes "pour voir") de ce qui se préparerait pour cette célébration de ce qui a engendré la Partition et la création du Pakistan (lors du retrait des Anglais, Indiens Hindus et Musulmans n'ont pas réussi à s'entendre pour vivre ensemble dans l'Inde Indépendante, aussi les Anglais, sous l'égide de Lord Mountbatten, ont-ils du partager le pays)

Maintenant, petite anecdote rafraichissante : la septième bombe était dans un pot de fleur. Le jeudi, la femme d'un cordonnier trouve ce pot de fleur (qui n'appartenait à personne), et le place devant la cahute-atelier de la famille. Le mari aperçoit des fils électriques qui dépassent du pot, et les coupe*.
Le vendredi, les enfants jouent autour et avec le pot de fleur. Les bombes explosent vers 13h (mais pas celle-ci).
Le samedi, quand même, le mari a un doute sur ce pot de fleur venu de nul part, surtout après les évènements de la veille. Alors il ... enjoint sa femme de le rapporter là où elle l'avait pris. Elle s'exécute donc (pardon pour le mauvais jeu de mot).
C'est finalement le fleuriste du coin qui trouve ce pot suspect et appelle la police, qui envoie un expert procéder à l'expertise, et au déminage du pot de fleur.
Il y a une providence pour les gens de ce pays, c'est certain !

* rien d'étonnant en soi que des câbles électriques dépassent d'un pot : la terre de rempotage est parfois juste de la terre de remblai, remplie de tout et n'importe quoi...

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27 juillet 2008

Le rose de la protestation

http://blog.france2.fr/bureau-inde-france2/index.php/2008/03/14/71895-gang-des-femmes-en-rose

Une vidéo à aller voir sur le site de France 2 - Dehli.

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24 juin 2008

tranches de vie indiennes

Discussion avec ma maid hier après-midi.

- ça n'a pas l'air d'aller ? Des soucis avec les filles ?
- non, les filles, ça va. L'autre jour, elles ont vu leur père à la sortie de l'école, elles n'ont pas voulu sortir, j'ai du aller les chercher moi-même. Mon frère est venu aussi. Mon mari dit qu'il veut revenir. Mon frère lui a dit : si tu ne bois pas pendant 2 mois, et avec un papier de la police, tu pourras revenir chez ma soeur.
- ah. Et tu as envie qu'il revienne ?
- oui. S'il ne boit plus. Tu sais, c'est dur pour une femme sans mari, ici.
- mais tu gagnes bien ta vie maintenant, non ?
- c'est vrai. Mais les gens, tu sais.

Oui, je "sais". Pour en venir à préférer le retour d'un mari qui boit ton salaire et te bat (sans oublier dans sa manne paternelle d'en donner leur part aux deux filles de 7 et 9 ans), je vois le genre de vie que doivent lui faire les gens autour d'elle.

Autre discussion (toujours hier) avec mon chauffeur :
- le BB a trois mois maintenant, ta femme revient bientôt chez toi ?
- Non, elle ne peut pas, il n'y a pas la place, et ma mère s'occupe déjà du BB de la femme de mon frère.
- Elle n'est repartie dans sa famille pour l'accouchement et la naissance ? (Bizarre !)
- Non, tu comprends, mon frère s'est marié avec elle par amour. Et sa famille à elle n'a jamais accepté. La mienne a fait la tête pendant un an, mais au bout d'un an, ma mère a fait revenir mon frère. Mais sa famille à elle, ils disent qu'ils n'ont plus de fille, qu'elle est morte. Ils la voient tous les jours, on habite la même rue. Jamais ils ne lui ont parlé en 3 ans. C'est très dur pour elle.
- ton frère et sa femme, ils sont heureux ?
- oh oui ! D'ailleurs y'a un procès en cours, et la police a témoigné pour dire que ma belle-soeur était heureuse chez nous.
- Carrément ? un procès ???
- Oui. C'est très dur pour ma famille.
- Alors ta femme reste dans sa famille plus longtemps, pour laisser ta mère s'occuper du BB de ton frère.
- Oui. Elle pourra peut-être revenir dans 6 mois. Mais la famille de ma femme n'est pas contente, parce que ma femme et moi, c'est aussi un mariage d'amour. On a de la chance, ils ne sont pas aussi traditionalistes que la famille de la femme de mon frère.

Bon, moi, faut que j'arrête de discuter avec des Indiens. (je plaisante)

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22 mars 2008

Holi (paticel)

Holi (paticel)

 

Holi est la version indienne de la fête du printemps. Je n'en connais pas la signification dans ses détails, mais je peux vous dire que les Indiens la prennent très au sérieux et s'appliquent. A se barbouiller de couleurs.

 

Le tout en image (bonjour le stress et vite le super-zoom)


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Et le Holi tant attendu de Titpuce, spécial nous :

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PS : Le linge trempe... avec les chaussures. après deux douches et décapage au lofah en crin, on ne peut toujours pas nier avoir participé... Le mensonge se lirait sur notre figure !

                           

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17 mars 2008

Anniversaire indien en couleurs

Première expérience d'anniversaire d'une petite Indienne pour Titpuce.

L'anniversaire a été l'occasion de fêter en même temps Holi, la fête des couleurs, officiellement dans quelques jours.

Cette fête est l'occasion de pardonner ses voisins et amis : pour exprimer son pardon (ou sa joie), on lui balance des couleurs.

Des couleurs « safe » (sans danger) sont vendues en ce moment dans les commerces, mais on nous a avertis : ne traînez pas « trop » dehors pour Holi, car les couleurs utilisées ne sont pas toutes « safe », et la peinture acrylique étant bon marché (ainsi que diverses poudres déconseillées dans les yeux, type piment rouge...), c'est un procédé fréquent.

Donc un homme averti en vaut deux, comme on dit. (A ce propos, dans le Guide du Routard sur Jaipur, il est déconseillé de sortir là-bas pour Holi : des cas d'agression à la peinture mêlée d'acide ont été signalés – les Indiens sont formidables)

 

Donc cet anniversaire a été l'occasion de prendre un peu d'avance, et l'après-midi commencée gentillement au pistolet à eau colorée s'est finie en bataille rangée seau d'eau et à la peinture (à l'eau) contre tuyau d'arrosage.

Les adultes n'étaient vraiment pas en reste (faut dire qu'avec le nombre de bières descendues, les inhibitions – déjà pas fortes- tombent facilement). Moi, j'avais l'appareil photo, j'ai échappé au peinturage !

 

Côté buffet, sur une table en vrac, samosas, pâtes bolognaises, « sprout » (lentilles germées) et chutney. De la bière donc, et un peu de jus de fruit pour les enfants.

Un gâteau, avec sa bougie, seul « repère » que notre Titpuce a reconnu. Il est de tradition que l'anniversarié (j'invente les mots que je veux) coupe la première part, et soit ensuite « nourri » (souvent, ça se finit en écrasage sur la figure – ou alors, c'est la tradition de lui écraser la part sur le visage, mais pour les enfants, on les nourrit seulement ??? J'avoue que je n'ai pas saisi) par une autre personne.

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04 mars 2008

mariage arrangé

Les mariages d'amour ou "libres" sont de plus en plus fréquents semble-t-il, du moins sur Bangalore et dans les métropoles. Plus fréquent ne signifie pas pour autant "la majorité".
Ainsi un collègue de Lui se retrouve-t-il à devoir lui aussi se plier à la volonté familiale. Dur, alors qu'il a vécu une expat en Chine, où il a rencontré le grand amour. Bien entendu, pas moyen de se marier avec sa Chinoise (quand on connaît le passif Inde/Chine, on ne s'en étonne pas, sans parler de la tradition maritale locale), mais pas moyen non plus de "repartir" en Chine : la famille a collé ce fils aîné à l'organisation du mariage de sa sœur (il doit céder pour ne pas la déshonorer), il a du refusé une seconde expat professionnelle, de ce que j'ai compris, pour assumer ses devoirs de grand frère.
Et lors de l'organisation de ce mariage, sa famille en a profité pour l'informer de son propre ET proche engagement avec une jeune fille choisie à son intention.

Voilà, dans 15 jours, aura lieu la cérémonie de son engagement. Il a du mal à avaler la pilule, mais en même temps, semble décider à ne pas reporter sa frustration sur sa nouvelle (encore future) femme, qui n'y est pour rien et pour qui ce mariage est également une épreuve.

En repensant à ce poème de Kipling, j'ai une pensée émue pour cet homme qui a entrevu un univers maintenant clos pour lui (et je ne juge pas, personne ne peut dire si ce mariage de raison ne sera pas plus heureux que le mariage d'amour d'abord souhaité...)

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir,

Si tu peux être amant sans être fou d’amour ;
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre
Et , te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles,
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les Rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser, sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu peux être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront ;

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras un Homme, mon fils.

Rudyard KIPLING

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24 janvier 2008

Impressions

Je ne sais qui de Dioh ou d'Antoine évoquait l'Inde comme un pays riche avec des pauvres.

L'Inde, je ne sais pas, mais Bangalore... et là, y'a eu un déclic.

En fait, mon problème vient de ce que je considérais Bangalore comme une ville riche avec des pauvres. Et que je vis intérieurement le contraire : une ville pauvre avec des riches.

Quand une nana te tend une viande réempaquetée en te soutenant qu'elle est plus fraîche parce qu'elle vient de changer la date ; quand le boucher insiste pour te refiler sa viande congelée en te disant qu'elle est fraîche et qu'il n'y a pas moyen de lui faire comprendre que non, tu ne veux pas que TA viande, elle soit congelée, jamais, (visiblement t'es trop conne, t'as qu'à la laisser décongeler pis elle ne sera plus congelée - comme ça, tu découpes ta pièce d'1,5 kg de boeuf en tranches, pis tu les recongèles, y'a pas de quoi en faire une histoire) ; quand tu continues à surveiller que ta maid se lave bien les mains avant de toucher aux aliments...

Quand les copines intervenant dans les écoles racontent le lavage des mains qui ne se fait, en gros, que quand elles insistent et rapportent le savon, que personne ne va investir dans du savon (c'est pas cher pourtant, même pour ici), et qu'en l'absence des copines, les mains (et le reste...), elles ne voient pas de savon...

Quand devant ta porte passe un égoût (un rui noirâtre malodorant et rempli de larves de toutes sortes), qu'il n'est nettoyé qu'une fois par mois, mais que jamais il ne viendrait à l'esprit toi aussi de l'entretenir (vider ton eau sale au moins pour lessiver et diluer la m###), quand tu vires les poubelles non pas devant chez toi, mais juste derrière, sans jamais te poser de question sur le fait que peut-etre les sacs plastiques, vaut mieux ne pas les prendre et les laisser au magasin,

Quand à 12 ans, une fille sait à peine écrire son prénom (un garçon le saura vers 9 ans), quand bref.

Qu'une cité "riche" en soit encore à ce niveau me confirme que le concept de "richesse" ne se réduit pas au seul PIB. Et que je peux, dans ma petite tête, ranger sans état d'âme Bangalore dans la case des "en voie de développement - tendance pas en avance".

Et cela aide finalement à accepter certaines choses. C'est plus facile de ne pas s'énerver après la maid qui ne revient pas alors que pour une fois, t'aurais VRAIMENT besoin urgemment qu'elle soit là. C'est juste que : "tu accompagnes Titpuce au club, tu la laisses là-bas, et toi, tu reviens tout de suite", c'est trop compliqué. (Surtout que Titpuce avait bien pigé que, elle, elle restait avec les copains, donc quand à peine arrivées la maid a voulu la faire rentrer, euh, y'a eu rébellion - sans parler que la maid a quand même du se poser des questions sur mon état mental : partir, arriver et revenir aussitôt ?).


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